Quelques jours plus tard, les familles de Julie et Mélissa, An et Eefje, Elizabeth BRICHET, Liam VANDENBRANDEN, Sabine DARDENNE, Loubna BENAÏSSA, Gevrije CAVAS, Kim et Ken HEYMAN,... sont rassemblées face à la presse dans un plaidoyer commun pour la prise en compte réelle et efficace des disparitions et assassinats d'enfants en Belgique.
14 octobre 96 Suite à l'action en récusation légitime, intentée par les avocats des inculpés DUTROUX et NIHOUL, contre le juge CONNEROTTE de Neufchâteau, la Cour de Cassation, implacablement, prend la décision de son dessaisissement. La démonstration du décalage entre "idée de justice" et "monde de la justice", est faite. Le seul juge qui se soit montré capable de sauver des vies d'enfants en les extirpant du monde polycriminel d'un DUTROUX, est sanctionné par ses pairs. Il sera le seul acteur judiciaire à subir ce type de sanction tout au long du déroulement de cette affaire. Un sentiment d'angoisse dû à l'incompréhension d'une telle injustice prend corps en s'intensifiant au sein de la population.
20 octobre 96 A l'appel des familles RUSSO, LEJEUNE, BOUZET, MAAST, MARCHAL et BENAISSA (parents de Julie, Mélissa, Elizabeth, Kim et Ken, An et Loubna), une marche est organisée à Bruxelles. Elle s'avérera être la plus vaste manifestation pacifique que l'histoire de la Belgique ait connue : 300.000 personnes aux dires de la gendarmerie. Les organisateurs (les parents eux-mêmes avec leurs familles et leurs amis) submergés par la densité de la foule, ne pourront, quant à eux, jamais présenter leurs chiffres. Mais on estime que le décalage habituel entre les chiffres gendarmerie et ceux des organisateurs peuvent être de l'ordre du simple au double.
Les conséquences et retombées de cette Marche blanche, très hâtivement organisée, seront multiples, tant positives que négatives, mais en tous les cas, elles feront et font toujours couler beaucoup d'encre. Une de ses premières conséquences sera, dès le lendemain, le vote unanime à la Chambre pour l'institution d'une Commission d'enquête parlementaire sur les disparitions d'enfants en Belgique.
Novembre 96 Le travail de la Commission Parlementaire a démarré sur les chapeaux de roue. Les auditions de nombreux acteurs judiciaires concernés par les échecs des affaires Loubna, An et Eefje, Sabine, Julie et Mélissa vont se succéder pendant de longs mois.
En novembre, l'ex-ministre de la Justice Melchior WATHELET est appelé à justifier publiquement sa décision de libération anticipée de Marc DUTROUX, déjà condamné et incarcéré en 85 pour faits de viols et enlèvements d'enfants. "Je n'ai pas signé les yeux fermés" sera la principale et incroyable sentence que l'on retiendra de son passage en Commission. Ce qui signifiait très clairement, qu'il était bel et bien entièrement responsable de la légèreté de cette décision de libération. Mais aujourd'hui encore, l'ex-ministre, devenu juge européen à Strasbourg, estime que la responsabilité politique ne pouvait le concerner puisqu'il n'était plus en fonction. N'est-il pas, pourtant, permis de penser qu'un tel mauvais jugement sur la libération d'un DUTROUX, de la part d'un ancien ministre n'était pas un gage de confiance à accorder à celui qui désormais ferait profession de juger à Strasbourg ? De houleux débats parlementaires sur ce point, ne déstabilisèrent jamais Melchior WATHELET, lequel, "la conscience tranquille", continua et continue de siéger à la Cour européenne.
4 décembre 96 Les familles RUSSO, LEJEUNE, MARCHAL et BENAÏSSA se pourvoient en Cassation contre le dessaisissement du juge CONNEROTTE, désormais appelé "arrêt-spaghetti".
13 décembre 96 La Charte constitutive des Comités Blancs est lancée. Elle naît d'une volonté citoyenne de ne pas laisser considérer la Marche blanche comme un aboutissement mais plutôt comme le départ d'une nouvelle forme de citoyenneté, principalement vigilante à l'enfance, dans ce qu'elle représente d'avenir de l'humanité.
Janvier 97 Les dossiers d'enfants disparus et assassinés instruits à Neufchâteau sont la principale préoccupation des médias. A ce propos, l'opinion se pose de graves questions : Que sont devenus les autres enfants toujours portés disparus ? Sont-ils en relation avec les dossiers de Neufchâteau ? Qui sont les commanditaires de ces enlèvements d'enfants ? DUTROUX et NIHOUL bénéficiaient-ils de protections ? DUTROUX n'est-il qu'un maillon d'un réseau pédophile ? N'y a-t-il qu'un seul réseau ou plutôt une nébuleuse de trafiquants œuvrant en Belgique depuis de nombreuses années ? Existe-t-il des liens avec des sectes sataniques ? Quels sont les véritables liens entre le ferrailleur DUTROUX et l'homme d'affaires NIHOUL ? Le ou les réseaux auxquels ils participent ont-ils des ramifications à l'étranger ? Des mineurs ont-ils été contraints de participer aux parties fines organisées par NIHOUL ? DUTROUX est-il mêlé à d'autres affaires criminelles ?
Chacun espère que l'année 97 fournira les réponses à ces questions. Mais les années passant, il faudra bien constater que dans les sphères du pouvoir, on s'attellera plutôt à les faire oublier qu'à contribuer à la recherche des réponses.